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Sardon. Crevaison. 1998.
Jean-Luc Coudray
et Lewis Trondheim.
Nous sommes tous morts. 1995.
Jean-Christophe Menu.
Omelette. 1995.
Guy Delisle. Réflexion. 1996.
© éditions L’Association.

Petite collection étonnante et qui court les étals depuis des années, la collection Patte de mouche publiée par les éditions de l’Association est une succession formidable de tout petits recueils illustrés, chacun placé sous la plume d’un illustrateur différent (à l’exception notable de Jean-Christophe Menu qui compte plusieurs opus à son actif), parfois accompagné d’un auteur. En vingt-deux pages format carte postale, ce sont de minuscules récits totalement libres : pas de contrainte de style, pas de contrainte de texte, pas de philosophie « maison », pas de préférence pour l’humour ou le cynisme. Chacun y est libre.
Le succès semble avoir couronné cette entreprise puisque tous les titres ont été réimprimés voire réédités deux à trois fois. Ce qui, dans cette discipline, n’est pas une mince réussite, malgré un prix défiant toute tergiversation : à trois euros, l’exemplaire n’est en effet pas inabordable.
Curieux esprit, tout de même, qui a présidé à définir cette ligne éditoriale. Très belle idée en somme qui permet d’adresser un mot par la poste, plutôt que l’ennuyante Tour Eiffel ou les vulgaires fesses rebondies de mannequins en villégiature à la plage. Il y a de la place pour écrire tout son soûl en deuxième et troisième de couverture et le volume ne pèse sans doute pas plus que cinquante grammes. Presque pas besoin d’enveloppe.
Ce mode de propagation du dessin évoque les brochures que le 18e siècle finissant a vu croître et se multiplier et que le 20e siècle naissant a vu se répandre souvent sous la forme d’outils de diffusion d’une pensée politique brève, quasi consumériste et pressée.
L’exiguïté du format rythme la lecture dans une logique plus proche du flip-book que de l’essai ; pourtant la raison, plus que la sensation, est interpellée dans ces quelques pages que l’éditeur accorde chichement. Parmi la presque centaine de titres de ce catalogue, nous nous proposons de regarder quatre cahiers pris au hasard, choisis sans trop y penser, certainement parce que ces quatre-là appelaient davantage l’œil.

1. Crevaison de Sardon
Univers de lignes minces, minces, minces, en un ordre et un détail microscopiques. La première page est une maison méticuleusement représentée, maison du début du 20e siècle comme il y en a dans les stations balnéaires et les villes de la banlieue parisienne. Écrasant, étouffant ensemble de vignettes où aucun espace ne porte pas le poids d’un trait. Épuisante juxtaposition de la netteté pour ne laisser aucune échappatoire. Seules les fenêtres ouvertes et le dehors gardent de ces pans nus et blancs sur lesquels s’imagine la vie.
Le héros de l’histoire, c’est le jeune Henri. Il traverse sa maison parfaite, descend et remonte les escaliers parfaits, découvrant, pièce après pièce, les cadavres successifs. Tout meurt et tout est mort. Alors dans ce cahier, qui donne au lecteur la sensation de tenir la cage dans laquelle Henri se trouve, une respiration s’ouvre au point final.

 

2. Nous sommes tous morts de Jean-Luc Coudray et Lewis Trondheim
Parmi ces quatre opus, c’est là sans doute celui auquel nous avons prêté le plus d’attention. Certainement parce qu’à sa manière il évoque une lecture précédente, une bande dessinée tout aussi inspirée par Hobbes. A croire que le philosophe a un langage qui fait écho dans la construction d’un récit dessiné. Encore la mort, encore la place du vivant par rapport à l’éternité de la mort, l’absurdité de la question même de la mort précédant et concluant le vivant, la mort qui est celle des autres et jamais la sienne propre, un combat perdu une seule fois et des dizaine de milliers de fois remporté. Au prisme de l’angoisse existentielle d’une bulle noire, mue par ses sueurs froides au milieu d’autres bulles noires.

3. Omelette de Jean-Christophe Menu
Omelette, c’est l’histoire d’une vie. Certes, une vie de volatile. Mais, quand même… Omelette, c’est la succession d’échecs d’un oiseau qui est vaguement une cigogne, peut-être un cormoran ou une mouette. Enfin, un peu de tout ça. Échassier en tout cas, juché sur d’immenses pattes du haut desquelles chutent, les uns après les autres, les œufs tant espérés. Alors il faut se couper en quatre – au sens littéral – pour parvenir à ce qu’un parvienne à terme… Quant à la conclusion : toutes les mères (juives) vous la diront.

4. Réflexion de Guy Delisle
Le dernier est plus léger. On hésite ; on ne sait pas bien où l’on est. Est-ce le subconscient de deux individus qui se rencontrent ? Sont-ce les formes ectoplasmiques de ces gens-là dont l’histoire se déroule, non pas sous les yeux du lecteurs, mais par le récit qu’en dressent simultanément les deux protagonistes de ce huis clos. De l’autre côté du miroir, d’une certaine façon, avec un style qui parfois évoque Tomi Ungerer.

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Une réflexion sur “Par petites touches

  1. Merci pour cet article, il va falloir que je retourne voir de plus près les publications de L’Association que j’avais découvert à travers quelques titres d’Edmond Baudoin, Marjane Satrapi, Joann Sfar et quelques autres.

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