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Un jeune soldat français en Algérie au moment de la guerre de décolonisation, 1962, après les accords d’Évian, un jeune soldat français que le souvenir d’un camarade préoccupe, c’est le décor de ce court et poignant témoignage, Histoire de Daniel V., qu’ont publié en 2013 les éditions Signes et Balises.
Pierre Brunet raconte Daniel V. – V., c’était un nom de famille qui devait être Veronese, mais le souvenir s’est fait imprécis. D’ailleurs, le nom n’a plus d’importance en vérité. Parce que Daniel V. était de toute façon un taiseux. Ce ne fut qu’au choc d’un énième meurtre vain qu’il n’a parlé qu’un peu. Ce « peu » a lanciné Pierre Brunet que libéra ce compte-rendu. Une parenthèse dans la vie d’une camarade anonyme, effacé comme nombre d’autres individus tous camps confondus par une guerre qui aujourd’hui fait l’effet d’une monstruosité absurde, sans objet véritable, sinon que l’infâme cruauté d’une Nation qui, sous couvert de diffuser sa soi-disante généreuse vision de l’humanité, défendit avec une âpreté barbare les terres dont elle s’était emparée en 1830.

couv-PBDans ce très beau texte, sensible, humble, mesuré, l’heure est effroyable et insensée. Dans l’enclos du cantonnement, la troupe attend d’être rapatriée. On attend. On recule insensiblement. Et puis, un vieillard – un Français – est assassiné dans un cimetière. La parole se libère, plus forte que la volonté de se taire. Après les accords d’Évian, on torture encore. Et on tue. Pour rien, pour s’occuper, pour quoi ? Un soldat, instituteur dans la vie civile, qui torture. Et Daniel V. qui prend son commandement exactement à ce moment-là, qui arrive au camp au moment où un homme est torturé, puis abattu. Par lui sans doute. Pourtant, le cessez-le-feu avait été décrété. Est-ce encore la milice de Vichy ou déjà le Chili de Pinochet ? L’effarement supprime les repères ; impossible que ce soit là la France. Mais le silence vient de beaucoup plus loin pour Daniel V., il traîne à ses pas un mystère qu’il n’est pas question de lever. Quand enfin c’est lui qui est assassiné, à la veille d’être relevé, au cours d’une ultime nuit de garde – le premier quart jusqu’à minuit – il se fond dans le paysage sanglant et tragiquement réel de l’Algérie. Et avec lui, plus tard, ses assassins également. L’Histoire de Daniel V. redit ce qu’il ne faudra jamais oublier, que ce sang-là, celui fluvial où se sont jetés les innombrables ruisseaux humains, nous l’avons toujours sur les mains.
Publié voici trois ans, cet ouvrage est, c’est une évidence, d’une parfaite actualité. Il n’est pas douteux qu’aux instants pénibles que les peuples endurent en 2016, ceux-ci ne soient pas séduits bientôt par la sauvagerie. La bestialité, toujours facile, est terrée en chacundes hommes, vaine et illimitée : elle patiente jusqu’à pouvoir s’épanouir à nouveau, elle s’affûte, s’aiguise, murmure son chant mélusinien contre lequel seuls les livres comme celui-ci préservent, un peu.

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Une réflexion sur “Algérie, 1962

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