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Ou bien faudrait-il les y aider ? Non mais c’est vrai quoi. Ils se frottent aux malfrats retors, aux assassins endurcis et leur échappent toujours. Empoisonnés, malmenés, frappés, destinés à de subtiles, lentes et douloureuses agonies, ils se tirent de tous les mauvais pas. Sans une égratignure ou presque. Pas un grain de poussière sur les souliers vernis. Invulnérables, ils parcourent les dangers comme une promenade de santé. Parfois, c’est un peu irritant. Quand on pense que traverser un boulevard parisien à l’heure de pointe, c’est la mort assurée… Alors survivre à une trentaine de tentatives de meurtre, hein ? Où allons-nous ?
Parce que c’est bien beau, cette immortalité. Immortalité relative certes, mais immortalité quand même. Le hic, voyez-vous, c’est qu’on s’en doute un peu que le héros ne va pas casser sa pipe. Exemple : Hercule Poirot. Lui, il accumule pépère les attentats sur sa petite personne : étranglement, engins explosifs, coups de feu et j’en passe… Agatha Christie n’est pas en reste pour lui donner des sueurs froides. Mais le petit Belge au crâne d’œuf n’en fait qu’à sa tête et réchappe de tout. C’est tout juste si ça lui secoue les cellules grises. Agaçant. Autre exemple : Sherlock Holmes. Celui-là, même sa mort, il la fout en l’air. Il disparaît et hop le revoilà qui se remet en scène. Non, monsieur ! Quand on est mort, on est mort. Point. Et même si on faisait semblant.
Alors, bien sûr, il y a le suspense au fur et à mesure un brin convenu (entre l’auteur et l’éditeur) mais il y a aussi le sordide répétitif. Et dans le registre de l’horreur, la palme revient à mon avis à Bernie Gunther, le fameux policier-détective de Philip Kerr, qui se fait assommer, torturer, tirer dessus à tour de tome ; malgré tout, ce sont plutôt ses petites amies qui auraient dû se faire du souci, parce que, elles en revanche, elles ont habituellement très mal fini – et j’épargne à mes lecteurs l’abjecte description de la fin de celle broyée dans un pressoir… Sincèrement, comme lecture du soir…
Non, vraiment, je ne comprends pas. Et je le répète : je ne comprends pas. Si l’auteur aime son personnage principal, pourquoi lui faire subir systématiquement pareilles turpitudes ? J’imagine que, les volumes passant, l’auteur se lasse de ces baroques variations meurtrières. Serait-ce du sadisme ? Il doit plutôt y avoir de ça. Et je me représente parfaitement Doyle, Simenon, Malet ou Christie exultant à l’écriture d’une chausse-trappe pas piquée des hannetons, se bidonnant du mauvais tour joué au conciliant personnage.
Pour ce qui est de l’éditeur, bon, oui, je pige que la poule aux œufs d’or, il vaut mieux ne pas lui faire rendre gorge. Publier les épisodes les uns après les autres, en faire des feuilletons dans la presse et à la télé, des films hollywoodiens et des goodies, ok, c’est du commerce. Le fric, avant tout. C’est une philosophie. Pas la mienne, mais c’est rationnel.
Alors le pompon, il est où, hein ? Et ben, c’est le lecteur ! Lui, insatiable, il s’enfile les titres et, tout bonhomme, il en redemande pour le frisson. Comme s’il ignorait que le héros, ce n’est pas possible qu’il clamse. Il va même jusqu’à voir la version cinématographique, au cas où. On ne sait jamais, c’est vrai : de là à ce qu’un réalisateur empathique choisisse d’achever Miss Marple… Non, mais oh ! Réveille-toi, lecteur ! C’est sûr qu’il va pas claboter, le héros. C’est grâce à ça que l’auteur te tient : le héros, il peut à la rigueur vieillir (au bout de quarante d’ans d’écriture et deux guerres mondiales, ça s’avère parfois nécessaire) mais crever ? Non. Jusqu’au bout, tu l’auras entre les mains. Il te transcendera. Comme il transcendera son créateur. Le héros, c’est Dieu, un dieu. Et s’il est rigolard, c’est parce que c’est lui qui te regarde claquer.

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