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Est-ce matérialisme, aspiration névrotique ou régression, simple calfeutrage face à la violence du réel, beauté du geste que l’ambition de maintenir un lieu en l’état qu’a connu un lointain ancêtre ? Un peu tout cela à la fois, peut-être, quoiqu’il puisse entrer dans la composition de la recette davantage d’un ingrédient que d’un autre.
Recette changeante par conséquent, comme une durée de cuisson d’un four à un autre, comme la dextérité d’un cuisinier à un autre. La liste des ingrédients, celle qui aboutit parfois à la résurrection d’un lieu, elle se déroule dans le récit biographico-autobiographique que Michel Dancoisne-Martineau a publié en 2017 chez Flammarion, Je suis le gardien du tombeau vide.
Avec le témoignage d’une conviction, d’une révérence, d’un parcours singulier, le consul honoraire de France à Sainte-Hélène rend hommage au lieu, aux gens, aux hasards d’une existence qui ont concouru au sauvetage d’un pan de rayonnement de la République française. La petite île au sud de l’Atlantique où s’éteignit l’empereur sous la garde féroce de Hudson Lowe semble aux hexagonaux plus inatteignables sans doute que la lune. Ce n’est d’ailleurs pas si faux, car l’île, longtemps accessible par la seule voie des mers n’obtint son aéroport qu’en 2016. Encore faut-il être patient, la régularité des vols demeurant espacée.
Originaire de Picardie, après un parcours scolaire erratique, Michel Dancoisne alors âgé de 18 ans fait la connaissance de Gilbert Martineau, consul honoraire de France à Sainte-Hélène et se laisse convaincre de le suivre sur l’île. C’est le commencement d’une épopée, d’une existence hors normes à mille lieues de l’Occident, une bulle exotique où se manifestent les reliquats du colonialisme britannique. Mais ce destin s’était manifesté déjà par l’un ou l’autre signe, comme cette première scolarité à Ham où le neveu Bonaparte ainsi que le fidèle Montholon avaient été incarcérés.
Sans véritable attache sur le continent, Michel Dancoisne s’adapte rapidement à la vie hélénienne, prend de l’assurance, accompagne le travail de celui qui l’adoptera juridiquement et lui transmettra sa fonction. Ainsi Michel Dancoisne-Martineau revêt-il la pourpre non impériale mais toute républicaine du consul honoraire et s’engage à maintenir le souvenir napoléonien autour de la sépulture sans dépouille. Son action, qu’il décrit autant avec précision que modestie, s’étendra des bâtiments, principaux et communs, aux jardins et jusqu’au fameux tombeau autour duquel il restitue le théâtre de verdure. Progressivement accompagné par les spécialistes de La Malmaison, le consul honoraire semble gagner, au moins temporairement, une première manche sur une nature avare de compliments : humidité, insectes xylophages, etc., tout ce qui porte un coup fatal aux collections conservées. Il ne lui aura pas fallu moins de trente années de sa vie pour redonner à la célèbre Longwood House son allure de 1821, quand Napoléon mourut.
Je suis le gardien du tombeau vide : un titre au romantisme un brin échevelé qui miroite davantage le Chateaubriand peint par Girodet que le Bonaparte franchissant le grand Saint-Bernard de David. C’est le reproche que nous lui ferions, justement, d’avoir trop mêlé dans l’écriture la vie des hommes et la confection de la légende, en tout cas pour la part que la fortune a voulu lui confier. Il aurait été profitable au lecteur de mieux appréhender ce que l’auteur escomptait de la restitution à l’humanité de la Sainte-Hélène de Napoléon Ier.
Car au cœur de l’ouvrage cette question des lieux de mémoires, tantôt froids musées, tantôt mausolées tragiques, interpelle nécessairement les individus que nous sommes, confits de certitudes superficielles et d’esthétique mâtinée de consumérisme. Jouant d’une délicatesse probablement toute diplomatique, Michel Danscoine-Martineau ne livre pas son jugement sur la vocation : revanche des siècles, complétude scientifique, geste du poète ou cette certaine idée de la France ? Là aussi, peut-être, un peu de tout cela à la fois…

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