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On les connaissait galantes, parfois anglaises ou orientales. Sous la plume de Alain Ayroles et le pinceau de Juanjo Guarnido, elles deviennent espagnoles, cette fois-ci et dans une pleine acception picaresque autant que tragique. Elles sont, pour tout suggérer, Les Indes fourbes, titre de cet album publié par les éditions Delcourt à l’été 2019 et déjà réimprimées trois fois, tant le succès est au rendez-vous. Succès auprès des lecteurs et distinction par de nombreux prix (Landerneau, RTL, France Inter…) qui témoignent d’un engouement durable. Destin légitime pour un chef-d’œuvre.

Servi par un trait souple et réaliste, une palette exceptionnellement chatoyante, un scénario et une langue sémillants sinon remarquables, cet album est de toute évidence une pépite qui séduira tant les amateurs de récits d’aventures que ceux de récits historiques. Car cette vaste chronique du temps de Philippe IV et de Velázquez, voulue comme la suite de El Buscón, œuvre de Francisco de Quevedo y Villegas, conduit parmi les méandres de l’Espagne baroque de Ségovie aux contreforts des Andes, dans les territoires colonisés par les conquistadors.

Pablo, antihéros stricto sensu, chemine d’une rive de l’Atlantique à une autre, en quête de fortune et de renommée, absorbé par l’ambition de s’extirper d’une condition, la plus vile, pour s’enfouir sous les drapés du pouvoir, des plaisirs et de l’argent. Comédien et conteur hors pair, tout en étant lâche parmi les lâches, Pablo invente, psalmodie, contrefait, moque, galéje, mystifie et emmène son auditoire, de gré ou de force, de la cahute paternelle aux forteresses des colonies et l’infernale Amazonie en passant par le gaillard d’avant des caravelles qui joignent le lointain. Fil d’Ariane : la recherche de l’Eldorado, aimant surpuissant, ultime fantasme de tous les insatiables de l’or.

Soldatesque avinée et barbare, religieux obtus, colons ignares et veules, aristocrates minables, tous sadiques à l’extrême, troquant volontiers le bon dieu contre les métaux précieux, se côtoient en une galerie de portraits dantesque. Esclavage, commerce triangulaire, asservissement et massacre des peuples autochtones, toute l’horreur de ce temps s’exhibe sous le dais d’une aurifère et illusoire nitescence. Acteur, témoin, victime, Pablo brouille les cartes, bouscule le monde figé.

À savoir si c’est être fourbe ou raisonnable.

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