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Quasi coïncidence des heures présentes consacrées au confinement – donc chômées pour nombre de lectrices et de lecteurs – et de cet album de David Snug nouvellement publié aux éditions Nada. Premier trimestre 2020 : un ouvrage fraîchement sorti des presses donc, exhibant un titre tragi-comique, Dépôt de bilan de compétences.
Absence de travail, impossibilité de travailler, obligation de ne plus travailler, devoir moral de s’en tenir éloigné, de ce travail, de votre travail, autorisation de ne plus l’exercer, interdiction d’en avoir un, de travail… Confort masochiste qui évacue le sens, la pesanteur, la tranquillité.
Et c’est un peu comme si tout était dit, de cet univers, par le seul titre de l’ouvrage qui, par adjonction de subordonnées, se démasque – si tant est qu’il avançait jusqu’alors masqué.
Un Léviathan digne des monstres burlesques et sanguinolents de Jérôme Bosch, voilà le visage du travail selon l’expérience de David Snug. Une autobiographie tristement transposable à la grande majorité, sans doute, de l’humanité. Un esclavage qui ne s’avoue pas à lui-même, qui distord le temps, intervertit les valeurs et place le produit, la production plus haut dans la graduation de nos fantasmes que celle et celui qui produisent.

thumbnail_IMG_20200318_080731251Rien de bien nouveau sous le soleil, pourrions-nous dire. Cela serait juste. Mais un éclairage renouvelé, insistant ne serait-il pas bienvenu tandis que l’accélération invraisemblablement interminable des échanges en format SMS coudoie une soudaine décélération provoquée par une pandémie ?
En vérité, est-il possible de vivre sans travail et sans travailler ? Est-ce l’apocalypse individuelle que nous enseigne, consciemment et puis inconsciemment, notre fébrile société ? Le travail, cet « alpha et oméga » du monde moderne. Qui, dans la règle bénédictine ora et labora, a été jusqu’à effacer la finalité : la prière, le sens, l’altérité.
C’est un peu de la réponse que David Snug met en lumière – sa lumière à lui, cela va de soi, mais loin d’être vacillante, bien au contraire, jetant une lueur apaisante sur ce qui est, pour chacune et chacun probablement, l’un des mensonges faits à soi-même parmi les mieux enracinés, un dépouillement volontaire de sens et de raison.
La postface de Julien Bordier conclut l’ouvrage en complétant de références et d’une contextualisation sociologique cette observation terrible d’une emprise progressive et efficace du travail – et donc des structures, de l’organisation et de quelques « décideurs » – sur des masses d’individus.
Le temps du confinement sera, peut-être, une chance, de ce point de vue : se priver brutalement d’un paravent qui couvre, imparfaitement, les angoisses mortelles, la sensation de vide et de vacuité, le gâchis des splendeurs qui nous entourent, le cul-de-sac de l’individualisme.

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