Home

Assaut, superbement publié aux éditions Magnani en 2019 et accompagné d’illustrations de Eugène Riousse, est le premier roman de Julie Boudillon, une autrice de toute évidence destinée à poursuivre un chemin littéraire très prometteur.
Roman d’anticipation, plus exactement sans doute roman dystopique qui, à la lecture de mars 2020, résiste peu à la conversion en métaphore de nos heures épidémiques. Peut-être est-ce malgré l’autrice que nous sommes, désormais, conduits à interroger notre condition, les motifs de ce soudain chaos, de la transformation en sable de nos châteaux en Espagne.
Tout au long d’un style haletant et fluide qui mène, insensiblement, d’étape en étape, à une acmé conclusive un peu à la façon d’un oratorio de J.-S. Bach, c’est-à-dire maintenant la rédemption en suspens, Julie Boudillon trace le récit d’une ville qui pourrait être n’importe quelle ville d’Occident, une ville côtière, traversée par un fleuve ou son embouchure, une ville qui voit soudain arriver des paquebots peuplés de géants. Comme hypnotisées par cette présence soudaine, les foules d’adultes effrayés se massent autour des navires. Accompagnant leurs parents, les enfants eux, sereins, à l’aise ne témoignent que de leur contentement.

Pied_piper

Représentation du Rattenfänger von Hameln selon un vitrail se trouvant à Goslar, ville de Basse-Saxe en Allemagne

Puis, lentement, le comportement des enfants change. D’abord loquaces, ils deviennent taiseux, ne sont plus que des présences physiques pour finalement totalement disparaître, s’évaporer, partir sans que nul adulte ne sache où. Mais reviennent soudain, forcenés, criminels, assassins, n’épargnant aucun adulte – comme soumis à l’influence néfaste des géants, appelés à commettre une Saint-Barthélemy des adultes. Une croisade des enfants qui introduit le chaos dans un univers où tous les rouages jusqu’alors semblaient bien huilés.
Cette séduction des enfants par les géants évoque la célèbre légende du musicien de Hameln – l’attrapeur de rat ou Rattenfänger – qui, après avoir libéré des rats les habitants de Hameln, les punit pour n’avoir pas été payé en retour, en captivant de sa musique infernale les enfants de la ville. Parmi les origines possibles de cette légende, il y a certes les médiévales croisades d’enfants, mais aussi une éventuelle épidémie qui aurait fait succomber nombre d’enfants.
C’est ainsi qu’on en vient à tisser un parallèle, à voir en ce livre une métaphore de notre temps bouleversé par le Covid-19 mais aussi de notre naïve indifférence d’adulte fasse à un monde que nous croyions avoir entièrement policé et qui soudain se rebelle et pointe nos errements et nos fautes.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s