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Un monument de l’histoire de l’art et de l’histoire de l’humour sort fraîchement des toutes jeunes presses des éditions Prairial qui, avec Quelle vie !, montrent une nouvelle fois leur remarquable énergie et une politique éditoriale audacieuse qui ne manque pas de génie.
Nous avons récemment eu l’occasion d’évoquer les éditions Prairial dans ces pages. Il faut cependant redire la sympathie que nous éprouvons pour la philosophie qui préside aux choix faits par la maison : retenir des œuvres imprimées indisponibles comptant pourtant parmi les monuments de l’histoire politique, sociale, artistique, puis faire de très beaux livres, enfin tenter une équation fort délicate de diffusion large à des prix les plus bas possibles. Cela mérite d’être souligné plus d’une fois.

E.V.L. & G.M. Quelle vie ! Illustrations des magasins Whiteley.
© éditions Prairial, Paris, 2015.

C’est à nouveau un illustré que nous retenons dans leur beau catalogue. Une œuvre, bien sûr originale mais surtout initiatrice, car il s’agit là, ainsi que le souligne le bref incipit, du premier collage imprimé. Publié en 1911 aux éditions Methuen, donc bien avant les travaux de Max Ernst, il est l’enfant de deux mystérieux groupes d’initiales : E.V.L. & G.M. Qui se révèlent être en vérité Edward Verrall Lucas et Georges Morrow, l’un et l’autre journalistes au célébrissime journal Punch. A partir du catalogue des grands magasins Whiteley, aux pages duquel ils trouvent « un drame humain profondément émouvant », ils tirent un récit fantasque, comique, acerbe et sans nul doute politically incorrect. Les références abondent qui suscitent d’évidence plusieurs degrés de lecture. Nous subodorons de temps à autres le private joke. Mais ça n’est là qu’un jugement de valeur.
Du couffin à l’anoblissement, les auteurs nous racontent l’existence du futur baron Dropmore de Corfe, homme de la gentry qui mène l’existence très policée de la meilleure société britannique, toute en mesure et en parties de chasse.
Les objets qui jalonnent la vie courante, dont le catalogue dresse une liste exhaustive, semblent irrémédiablement conçus pour un moment et un usage donnés. Qu’en devient-il alors lorsque, légèrement détournés, ils illustrent finalement, et de façon fort inconséquente mais très divertissante, des événements dont ils sont normalement éloignés ? Comme la pièce montée qui accompagne, au titre du monument érigé, l’annonce du décès du duc de Pudsey, le scaphandrier qui n’a jamais de parapluie et autres girafes en fer-à-repasser… A chaque page ses délicieuses dérisions qui sont tantôt bagatelles tantôt satires. Il y a de tous les clichés ici : une pincée d’Oscar Wilde, un soupçon de Vita Sackville-West, une once d’Arthur Conan Doyle et une bonne pinte de Monty Python.
C’est donc une lecture très recommandable et il est de bon ton de l’avoir dans sa bibliothèque.

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